Par delà les nuages

 


Caroline leva la tête. De nombreux nuages orange dissimulaient le ciel violet. Elle ne devait pas oublier de lancer ses dés dans le jardin le soir venu, pour connaitre quel nuage elle caresserait des yeux durant la soirée. Chaque mercredi soir, Caroline s'asseyait dans son siège-tortue et lançaient trois dés le plus haut possible. Celui qui retombait le premier au sol avait l'honneur de déterminer le nuage chanceux.

 

Ce soir-là, ce fut le dé numéro trois qui indiqua le chiffre cinq. Caroline compta alors en partant de la lune, vers le nord, et tomba sur le gagnant du jour. Elle l'observa avec intensité. Dans la nuit, sa couleur se rapprochait du rouge foncé. Il avait légèrement la forme d'un chou-fleur. Demain, elle cuisinerait un chou-fleur, c'était décidé.

Elle l'observa encore et décela en lui une grande tristesse... Ou en elle, peut-être. Oui, Caroline se sentait triste, sa vie n'était pas aussi facile qu'elle l'aurait aimé. Tout le monde possédait un nuage dans son entourage. Elle, elle n'arrivait pas à en apprivoiser un. Chaque soir, elle en rencontrait un nouveau et chaque soir, elle repartait seule vers son lit-betterave. Peut-être qu'au fond elle s’y prenait d'une mauvaise façon. Peut-être qu'elle rêvait plus grand et plus fort…

 

Le vent faisait lentement changer de forme son nuage du soir... Elle aimait cette lenteur si apaisante. Doucement, son nuage s'écarta de ses voisins et laissa apparaître derrière lui un espace sans nuage. Le ciel violet, presque noir à cette heure-ci, apparut alors et Caroline ressentit un léger frisson. Elle quitta un instant son nuage des yeux pour se concentrer sur ce trou de ciel. Alors soudain elle sut. Elle sut qu'elle ne voulait pas d'un nuage à la maison, elle voulait plus grand, plus fort, plus puissant. Elle voulait le ciel, par delà les nuages. Ce ciel si magnifique.

Tout à coup, alors qu'elle l'admirait de tout son cœur, alors qu'elle n'avait même pas encore réfléchi à l'impossibilité de se procurer un élément pareil, il lui sourit. Il lui tendit ses bras, enfin elle lui sembla. Alors, elle se laissa pleurer de joie et s'autorisa à imaginer l'impossible, même si elle savait que ce n'était qu'un début, que rien n'était encore acquis.

 

Les jours passèrent, Caroline ne lança plus jamais ses dés. Elle cherchait, chaque soir sur son siège-tortue, un trou entre les nuages pour rendre visite avec ses yeux au ciel violet-noir. Et lorsqu'elle captait son attention, elle attendait un signe de sa part. Vint le jour où elle comprit ce qu'il souhaitait d'elle. Il était impossible de l'apprivoiser et de le capturer pour elle toute seule. Mais, lui avait le pouvoir d'amener Caroline chez lui. Elle ne sut que répondre à cette offre qu'elle était la seule de la planète à avoir reçue. Mais elle ne tarda pas à prendre une décision et à se laisser emporter doucement par le vent pour, lentement, monter de plus en plus haut et rejoindre son ciel violet-noir. Elle avait décidé de lui appartenir.

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