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Les lignes de la main

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  Avec son index, d’une infinie précision, elle suit les lignes de ma main. Elle effleure ma peau avec la délicatesse d’une plume. Je ne saisis pas ce qu’elle me raconte, je n’en écoute pas un mot. Je crois comprendre qu’elle parle de destin, de famille, de chance, de poussière d’étoile, d’amour… Sa voix roule dans mes oreilles comme une chanson douce. Je suis hypnotisée. J’oublie la fête autour de nous, le bruit des conversations, les rires, la musique. Tout disparait, il ne reste que nous, assises côte à côte à cette table à la nappe tachée et remplie de vaisselle sale. Je ne vois qu’elle, ses yeux concentrés sur ma main, je ne sens que son souffle tiède qui ricoche sur mon bras nu, je n’entends que le son de sa voix, lisse et rassurante. Je sens mes muscles se relâcher petit à petit. Cette soirée me stressait tellement, je n’avais pas très envie d’être là, parmi cette foule de personnes que je connaissais peu, ce bruit assourdissant. Mais elle… Elle exerce sur moi un pouvoir puiss

Les Cailloux Bleus

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J’ai un crabe dans mon ventre. Il me pince les entrailles, il m’enserre les boyaux, il m’écrase les organes, il m’empêche de vivre normalement. Ma mère m’a dit de m’en aller, vers d’autres horizons, vers une autre vie. Mais la peur me clouait sur place. Ce crabe allait me ronger encore plus si je m’éloignais de ma mère. Elle ne serait plus là pour me donner de quoi m’apaiser. Sa présence soulageait ce mal-être en moi. Le crabe se taisait quelques instants. Mais elle me disait que j’allais m’en sortir tout seul, que j’allais pouvoir contrôler moi-même mon crabe et qu’un jour il s’échapperait de mon être et me laisserait libre. Et elle me répétait « ce n’est pas en restant sur place à ne pas chercher de meilleure solution que quelque chose va changer ». Il fallait que je quitte mon lieu de vie et que j’en cherche un nouveau… Je devais me chercher. Elle m’a conseillé de suivre les cailloux bleus pour ne pas me perdre. Ces cailloux au goût de liberté. Et si je ne les trouvais pas ? Ell

Slap !

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               Un bourreau A et le condamné B   A : Placez vos genoux ici, posez votre tête là.   B : On m’avait dit que j’aurais la chaise électrique.   A : Ah bon ? Bah trop tard. De toute façon, c’est mieux la guillotine.   B : Comment vous le savez ? Vous l’avez déjà testée ?   A : Non, il parait, c’est tout.   B : Les morts sont revenus pour vous faire une critique constructive des moyens de mise à mort ?   A : Oh mais arrêtez de parler, vous me stressez !   B : Je ne sais pas qui de nous deux est censé être le plus stressé…   A : Mais vous comprenez, c’est la première fois que je décapite quelqu’un.   B : Moi c’est la première fois que l’on me décapite, figurez-vous.   A : Vous êtes gentil de me le dire, je suis tout de suite moins intimidé.   B : Je n’ai quand même pas de bol d’avoir hérité d’un bourreau si débile.   A : Pardon ?   B : Non, rien… Bon, c’est quand vous voulez hein, mais je n’ai pas que ça à faire, moi !

Traverser la rue

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Je marchais tranquilos vers l'arrêt de bus, comme chaque lundi matin. Tu vois, ce foutu lundi matin… Les yeux encore gonflés, les mains glacées réfugiées dans les poches, la goutte au nez, et tout le bazar qui pèse sur mes épaules. Il y avait une fine pluie bien désagréable, celle qui donne l'impression qu'on te postillonne sans arrêt dessus, tu vois laquelle ? Bon, donc mon humeur, tu l'imagines bien, elle était au niveau de mes pieds, là où la semelle rencontre la merde du chien de ta voisine. La seule chose qui me réjouissait de ma journée, bah c'était simplement la canette de coca que je comptais m'acheter à dix heures et le pique-nique que je m'étais préparé avant de quitter la maison. Ce saucisson ! Ma mère ne l'achète pas souvent mais qu'il est bon ! Bref. Je marchais donc dans ce décor à vomir, lorsque j’ai entendu mon prénom. J’ai relevé la tête et j’ai aperçu de l'autre côté de la rue une fille que je ne connaissais pas. Je te jure,

Partons en voyage

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         Voilà, j'ai pris ma décision : je vais partir en voyage. Mais pas n'importe quel voyage. Un voyage vers "on ne sait pas où", vous voyez ? Moi, ma maman m'a dit que je ne pouvais pas partir d'ici tant que je n'avais pas rangé ma chambre. Han, bah je ne vais pas obéir, parce que, de un, ma chambre est très bien rangée, de deux, je n'ai pas envie de la ranger. En plus, il fait beau dehors. Il va bientôt faire noir, mais ça me donne une chouette sensation, de sortir seul quand il fait noir. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer cette sensation, c'est quelque chose qui fait peur et sourire en même temps. Moi j'aime bien. Alors, c'est facile parce que ma chambre est au premier étage et ma fenêtre donne sur le jardin. L'été, on installe une tonnelle sur la terrasse. Et vous l'avez deviné, elle est juste en dessous de ma fenêtre. Facile, moi je suis très fort et en même temps assez léger pour ne pas déchirer la toile. Maman ne m&#