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Les lignes de la main

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  De son index, avec une infinie précision, elle suit les lignes de ma main. Elle effleure ma peau avec la délicatesse d’une plume. Je ne saisis pas ce qu’elle me raconte, je n’en écoute pas un mot. Je crois comprendre qu’elle parle de destin, de famille, de chance, de poussière d’étoile, d’amour… Sa voix roule dans mes oreilles comme une chanson douce.  Je suis hypnotisée. J’oublie la fête autour de nous, le bruit de conversations, les rires, la musique. Tout disparait, il ne reste que nous, assises côte à côte à cette table à la nappe tachée et envahie de vaisselle sale. Je ne vois qu’elle, ses yeux concentrés sur ma main, je ne sens que son souffle tiède qui ricoche sur mon bras nu, je n’entends que le son de sa voix lisse et rassurante. Je sens mes muscles se relâcher petit à petit. Cette soirée me stressait tellement, je n’avais pas très envie d’être là, parmi cette foule de personnes que je connaissais si peu, ce vacarme assourdissant. Mais elle… Elle exerce sur moi un...

Incertitudes

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Les enfants sont couchés, la vaisselle est nettoyée, le linge est étendu, les lampes sont éteintes, le silence est revenu. Et je pleure, seule dans mon grand lit. Je ne sais plus qui je suis. Je ne suis peut-être pas à la place qui me convient dans ce monde de fous… J’ai une impression étrange. Cette impression de courir, constamment. Courir pour préparer les enfants le matin, à en oublier de me préparer moi-même. Courir pour attraper le bus. Courir pour déposer les enfants à l’école. Courir pour attraper un second bus. Courir au cours de français. Courir pour rattraper le niveau de mes collègues de classe, bien plus à l’aise dans la langue que moi-même. Il faut dire que je suis distraite, mes pensées sont trop nombreuses pour me concentrer sur cette grammaire et ce vocabulaire. Les mauvais souvenirs refont souvent surface, cette autre vie que j’ai menée il y a à peine un an… Je continue à courir, toujours. Courir pour faire des courses, rentrer à la maison, manger, ranger, laver, repa...

Que le vent froid m'emporte

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  Un hurlement retentit dans l’immensité des montagnes. C’est le mien, je crois… A vrai dire, je ne suis plus sûr de rien, le rideau de flocons brouille ma vue, la douleur brouille mon cerveau. Mais ce dont je suis sûr, et à mon plus grand malheur, c’est qu’il s’agit bien de ma fille que je tiens dans mes bras, ma toute petite fille, ma beauté, mon ange. Ses lèvres sont mauves, ses yeux fermés, sa peau se rapproche de la couleur de la neige, des larmes séchées se sont transformées en minuscules cristaux de glaces sur ses joues. Une expression crispée s’est figée à tout jamais sur son visage enfantin. Ce hurlement déchirant me revient en écho de tous côtés, comme des êtres invisibles qui partageraient ma détresse. Et la lune, dans ce décor noir et blanc, éclaire la scène de toute sa cruauté.   Je comprends. Je visualise la tragique explication à ce drame. La nuit passée, ma fille s’est vêtue de sa petite robe rouge de communion. Elle en était si fière, elle avait retenu l...

Le chant du carillon

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Serge le vendeur de montres, Camille la p'tite brune et Madame Dubois Serge le vendeur : Bonjour Mademoiselle. Puis-je vous aider ? Camille la p’tite brune : Bonjour, euh, non merci, je vais juste regarder. Serge : Je vous vois souvent ici, il me semble… Vous êtes une collectionneuse ? Camille : Non… En fait, j’aime beaucoup le son que fait le carillon à l’entrée quand on ouvre la porte... Serge : Ah… très bien… Mais vous ne voulez pas de montre ? Madame Dubois : Bonjour… Camille : Il fait frisquet dehors vous savez, et chaque fois que j’suis dans le coin, j’adore passer la porte pour entendre le carillon et pour me réchauffer un peu. Serge : Pas de problème, enfin n’hésitez pas à jeter un œil aux montres en même temps, elles vous tenteraient peut-être, ou vous pourriez offrir un beau cadeau à l’un de vos proches, non ? Mme Dubois : Hum, bonjour ! Serge : Ah bonjour Madame Dubois, je suis à vous dans une minute ! Camille : Vous êtes un bon commerçant. Serge : ...

L'ennui

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Allongée sur mon lit, je regarde le plafond blanc de ma chambre. Je ressens comme un genre de mal de ventre… Ce mal qui survient lorsque l’ennui me fait transpirer, qu’il me prend aux tripes… Comme si j’en avais trop mangé, comme si j’avais besoin de vomir du vide…   Ce vide… Mon esprit est aussi vide qu’un grand lac asséché. Et je m’imagine marcher dans cette étendue à deux mètres en dessous du sol. La terre est jaune, les algues ressemblent à de la paille. Des cadavres d’amphibiens, de petits poissons et de larves d’insectes recouvrent le sol. Comme si l’eau était partie d’un coup. C’est vrai, ce matin, l’eau abondait dans le grand lac. Mon copain n’était pas encore parti, le déjeuner était copieusement délicieux, j’avais des projets… Mais soudain, j’avais perdu toute ambition. Le silence venait de prendre une place trop importante dans l’appartement.   Ce silence… Digne d’une immense cathédrale. Où les pas résonnent timidement, où les murmures se dissipent dans le c...

Emporté par les flots

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Elle se pencha pour observer le vide. L’océan était là, tout en bas de la falaise abrupte.   Sa mère lui ordonnait toujours de se reculer du bord. « Fais attention, malheureuse ! Le vent est violent, Sarah, il peut t’emporter d’un coup ! » Son grand frère, lui, la provoquait silencieusement à sauter et nager jusqu’à la plage. « Tu n’oseras jamais, grosse poule mouillée ! Et puis, tu n’aurais sûrement pas la force de remonter à la surface. On raconte qu’un requin géant rôde dans les parages… Il t’attraperait les pieds parce que tu ne nages pas assez vite. Par contre, moi, j’y arriverai sans problème, tu verras, je sauterai un jour ». Elle avait pris l’habitude de venir s’asseoir à un mètre du bord pour admirer le paysage, mais aussi pour se questionner sur sa vie. Sa petite vie sombre. Elle vivait dans un décor sombre, dans une maisonnette sombre avec une famille sombre et des pensées sombres. Son père était mort un jour de tempête, son bateau avait ...

Sans raison

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Monsieur vient sonner à la porte de Mademoiselle... Monsieur : Madame ? Mademoiselle : Mademoiselle.   Monsieur : Non, moi c’est monsieur.   Mademoiselle : Oh oui bien sûr, je sais. Je disais juste que vous pouviez dire mademoiselle et pas madame pour moi.   Monsieur : Ah d’accord, j’ai eu peur.   Mademoiselle : Oui, ne vous en faites pas, vous n’avez pas l’air d’une femme du tout.   Monsieur : Ah, tant mieux.   (Long silence)   Mademoiselle : Eh bien donc, pourquoi avez-vous sonné à ma porte au juste ?   Monsieur : Oh oui c’est vrai, je suis venu sonner à votre porte !   Mademoiselle : Dites-moi donc pourquoi.   Monsieur : Pourquoi ?   Mademoiselle : Oui, pourquoi ?   Monsieur : En fait, je ne sais pas trop.   Mademoiselle : Ah bon ? Il doit bien y avoir une raison, non ?   Monsieur : Oui sûrement… Euh, non vraiment, je ne vois pas.   Mademoiselle : Oh…...

Regarde-moi...

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Texte inspiré par cette musique :  Wardruna - Odal [Attention : histoire d'horreur] Un léger souffle chaud me réveilla en sursaut. Mes yeux furent les seules parties de mon corps à parvenir à bouger, le reste étant paralysé par la panique. IL était revenu. Je le savais. Ma mère n’avait pas voulu me croire, pourtant, quelqu’un s’incrustait bel et bien de temps en temps dans mon lit. IL restait allongé à côté de moi en me regardant probablement dormir. Je ne l’avais jamais vu, mais je pouvais sentir sa respiration régulière dans ma nuque. Cette fois fut la pire de toutes ses visites nocturnes. Alors que mon cœur battait à tout rompre, le souffle habituel s’accompagna d’un murmure presque inaudible. Regarde-moi… Ces mots déclenchèrent en moi un brusque élan de terreur. Saisie d’une décharge d’adrénaline, je jetai la couverture à mes pieds et me levai à la hâte pour me précipiter dans la cage d’escalier et sortir de la maison en courant à toutes jambes. Il me suffit de traverser ...

Au casino

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  - Installez-vous. Vous misez combien ? - Cinquante. - Je vois que monsieur est bon joueur. -Je compte jouer toutes mes économies. - Bien. Piochez trois cartes, je vous prie. -Lesquelles ?  - Choisissez parmi ces trois-ci. -Ah. -Je vous écoute. -Qu’est ce que je dois dire ? - Vous ne connaissez pas les règles ? - Euh, si bien sûr, évidemment ! - Alors allez-y, dites-moi la couleur à éliminer. - Ben… Cœur, sans doute ? - Très bien. Vous misez double ? - Non… Oui, oui je mise double. - Allons-y, dans ce cas. Échangez l’une de vos cartes avec l’une des miennes. - Laquelle ? - N’importe, que la chance soit avec vous… Mais, vous prendrez celle-ci. - Ah, d’accord. - Vous misez triple ? - Encore ? - Mais enfin, vous connaissez les règles, oui ou non ? - Euh, oui oui. Voilà voilà je mise triple alors… - Roi ou valet ? - Qui ? - Vite, choisissez. - Valet ? - Alalah, vous vous mettez en difficulté, votre stratégie est sûrement en bé...

Textures

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J’ai sorti le paquet de ma boite aux lettres. Un tout petit paquet coloré, sans adresse, sans nom, juste du tissu coloré qui recouvrait un mini mystère. Orange, jaune, vert, bleu, il venait de quelqu’un qui avait de la joie dans les yeux. J’ai caressé lentement le tissu. Il était léger, doux, tiède. J’ai approché mes lèvres, pour sentir la douceur d’une autre manière. J’ai inspiré et cru reconnaître l’odeur du bois.   Ma curiosité l’emportant, j’ai défait une par une les agrafes qui tenaient le tissu bien accroché. J’ai plié le bout de tissu en quatre et l’ai mis précieusement dans ma poche, pour ensuite m’intéresser enfin à l’objet qui était bien en bois : une boite en bois clair un peu échardineux. Alors je me suis contentée de le frôler, pour ne pas me blesser. En retirant le minuscule loquet doré, j’ai ouvert lentement la boite, comme pour garder le suspense un peu plus longtemps.   A l’intérieur, la boite était recouverte d’une fourrure bleue marine, et je n'ai ...